Faire les poubelles devant Marionnaud parfumerie, à 18h, en pleine rue ALSACE LORRAINE

Je passais par là et fut attirée par un attroupement de gens devant des poubelles! Une jeune n’hésitait pas à y plonger la main et en ressortait des testeurs de parfum, des montres, des bols, des chaussures, un foulard… sous les yeux ébahis de petites mamies qui n’osaient pas, n’en revenaient pas, n’avaient jamais vu ça et demandaient à la jeune de plonger la main dans le sac pour elles.

“Ben oui c’est ça la société d’aujourd’hui, les gens jettent, ils ne savent plus donner et d’autres ont honte de faire les poubelles. Allez -y servez-vous!” Je n’avais pas besoin d’ajouter quoi que ce soit. Je me serais crue en plein grand don, mais en mieux. On était dans une des rues les plus commerçantes de Toulouse, en fin d’après-midi, devant un magasin chic et une dizaine de personnes faisaient les poubelles.

Et une personne, avec son kit main libre en main, passa en commentant “Il y a des gens qui se ruent dans les poubelles” sur un ton qui n’avait pas l’air approbatif.

Mais moi, je jubilais.

(Et j’ai récupéré un manteau noir, hyper classe, de marque “Lacity”, si vous êtes intéressé, faîtes-moi signe)

Merci

C’est comme le calme après la tempête. Une réconciliation avec moi même, et par la même, avec les autres. C’est encore hésitant, tatillonnant, perdu parfois, mais ça se trouve peu à peu, et surtout ça se ressent.

Ca se ressent comme une un souffle de vent dans mes entrailles, léger et libéré.

Ca a fait mal, les remous m’ont retournée. J’ai cru me perdre en moi-même, je ne me suis plus aimée, j’ai cru m’être trompée du tout au tout, j’ai cru être celle que je ne voulais justement pas être… mais.

C’est revenu, avec un plus, en plus. Avec ce truc que je prends en compte, de l’autre. Avec cette perception que je cherche désormais, en l’autre, avec ce que j’oublie de moi, un peu, pour mieux trouver l’autre et qui, étrangement, me le renvoie, pour moi, moi qui croyait m’être mise de côté.

Je continuerais à dire non, à refuser. S’il le faut. Mais je ne sens plus la violence dans mon refus. J’ai compris l’autre voie, dire non avec douceur et avec sourire.

Je commence tout juste. J’apprends encore. Mais j’ai ouvert la porte d’une partie en moi qui était déjà là mais qui avait peur, peut-être, qui se cachait, qui s’ignorait.

Je fais encore des doigts d’honneur aux inconnus, mais j’ai dit que je ne le ferais plus.

Mes mots se font parfois encore surprendre par une agressivité qui me trahit toujours. Je n’ai rien troqué de ce que j’étais, de ce dont j’avais besoin, mais…

Après ce conflit armé d’humanité, j’en ressors main dans la main avec l’ennemi de la bataille. Nous avons partagé nos techniques de combat relationnel et nous repartons les cœurs plus lourds de richesses … pour en apprendre encore beaucoup.

Merci Zelda et Eclypx.

La petite vie des gens de longue vie

Il faut remplir sa journée et sa ptite vie quand on vieillit.
Le temps passe, et les horloges et autres pendules, au nombre de trois minimum par pièce, guettent, cliquetiquent, et , n’arrivant jamais à se coordonner, semblent accélérer et raccourcir la durée d’une seconde.

Vite, vite, le temps court et toute une journée est à occuper.

D’abord, faire le café. Le pain, le journal, le marché et le tiercé.C’est toute une matinée.

Puis vient le “manger”. Apéro-entrée-plat-sortie-fromage-dessert. Que vos estomacs s’accrochent! Tout fait maison, biensûr, car les plats tout prêts, ce n’est pas de notre époque, on ne comprend pas que ça puisse exister, ces machins là. Et puis diabète et choléstérol obligent.
Sur la une, les infos TV défilent, les commentaires vont bon train. Ce monde est fou, dans l’temps, on voyait pas tout ça; et ce noir qui présente les infos, il est bien noir, dis-donc, et avec de belles dents blanches. Et qu’est-ce qu’il est beau, et bien habillé.

Et revient l’heure du café. De la sieste, et du tiercé.

Et puis, faut marcher.
Une heure par jour, selon le toubib.Alors on le fait. car le toubib, ça oui il le sait, qu’on veut pas avaler ses pilules. Ah, ça, non. Moi j’avale juste une aspirine quand je sens que le rhume arrive.
16h30 arrive, les amis attendent pour jouer aux cartes. Un café, un thé, un gâteau. UN seul, le toubib a dit! Sinon, pilule!
Et on joue, et on rigole et on parle de nos vies, de notre passé, de notre histoire. Du temps où… le lavoir, les accouchements de campagne, les sceaux hygiéniques, les bals du samedi soir, et les crimes de l’époque : voler des pommes de terre. Et le travail à l’usine, en tant que servante chez un médecin, ouvrier boulanger, et la guerre vécue à travers des yeux d’enfants. Et le certificat d’étude, la blouse et la simplicité d’une vie modeste, dure, endurcie, où tout se mérite, où tout se gagne, où l’on se forge.
Et ce décalage. IRM, amyosynthèse, internet, consommation, nucléaire, avions, marques.

Ce monde de fous dans lequel j’ai moi-même du mal à vivre, que je peine à comprendre et surtout à accepter.

Mais il faut rentrer, la soupe est prête. La télé va se rallumer de son journal télévisé et l’émission va commencer.
On se cherche des noises, un peu, histoire de pimenter la soupe.Voyons, Paulette. tu as oublié mon beurre allégé sur la table!
Mais on s’aime bien quand même, et ça fait une cinquantaine d’années que ça dure.

Tiens, le téléphone ne sonne pas beaucoup en ce moment. On guette.
On guette la rue, les bruits, la mort, les faits divers. On tricotte et on pianotte entre temps. On guette. le courrier, les photos jaunies, les souvenirs. On guette la maladie, la mort des amis du même âge. On guette Noël et les anniversaires des petits enfants. Et la mort! Elle arrive ou pas?
Ah, non, aujourd’hui c’est la petite fille qui nous rend visite. Vite, faut en profiter, elle reste pas longtemps. Tout le quotidien et ses ptites manies en est bouleversé. Mais c’est pas grave, ça change. Et tous les amis sont au courant de cette arrivée. Et on est aux ptits soins, et on fait à manger, un peu trop… Et on a peur que le ptite fille manque de quelque-chose.Et on se rappelle du temps où elle était petite, et du temps où notre fille avait le même âge… Comme le temps passe.

Il passe si vite qu’elle est déjà repartie, la petite fille. Alors on retrouve son chez-soi, sa “niniche” et on recommence à remplir ses journées de petites habitudes, les mêmes depuis des années, pour mieux s’occuper, pour ne pas se perdre, et pour mieux attendre.

« Articles plus anciens