Avis aux lecteurs : Vous n’allez peut-être pas tout comprendre, trouver ma réflexion un peu bordélique et bourrée de termes propres au monde de l’éducation. Ça va peut-être vous sembler exhaustif, trop détaillé et surtout très long.. Mais d’abord si c’est bordélique, je pense que ça reflète assez bien la réalité, et sachez aussi que j’ai écrit ça avant tout pour moi. Pour ne pas oublier tout ce qui se passe depuis deux mois et demi dans ma vie professionnelle, pour faire le point et oui, assumer le fait qu’aujourd’hui je suis en arrêt de travail.
20 mars 2009 . Réception de la circulaire concernant la mobilité de 2009.
C’est parti.
17 avril 2009. Emission des vœux pour la première phase du mouvement. Oser ne faire que des vœux en ZEP, pour mettre toutes les chances de mon côté pour rester sur Toulouse.
Deux mois d’attente.
10 juin 2009. Résultat du mouvement principal :Après avis de la commission administrative paritaire départementale, votre situation est la suivante : Sans affectation après cette phase de mouvement.
30 juin 2009.2ème phase du mouvement. C’est ma dernière chance pour oser espérer avoir une affectation avant les vacances d’été et pouvoir profiter de ces deux mois pour déménager si nécessaire, pour également acheter éventuellement une voiture et surtout pour préparer une rentrée des classes .
Après avis de la commission administrative paritaire départementale, votre situation est la suivante :
Sans affectation après cette phase de mouvement.
Donc trois mois d’attente, de doute, d’incertitude, de trépidation stressante, à ne pas pouvoir me projeter dans un avenir allant au delà de deux mois.
2 juillet 2009. Concernant les affectations 3ème phase :
Les enseignants obtenant une affectation en 3ème phase en auront connaissance au fur et à mesure et à compter du 10 juillet en allant sur le dossier Iprof rubrique affectation. Ceux qui, au 24 juillet, n’auront obtenu aucune affectation apparaissant sur le dossier Iprof recevront à leur domicile un arrêté les mettant à disposition d’une circonscription. Ils devront dès la fin août contacter l’IEN pour
connaître leur affectation provisoire.
Secrétariat DPE
De nouveau attendre, jusqu’au 10 juillet.
De retour d’une semaine de vacances pendant laquelle aucun jour ne s’écoula sans que je pense à cette éventuelle affectation de 3ème phase…..Rien. Et tout espoir s’envole. Et se faire une raison pour l’été, se dire qu’au moins, je n’aurai rien à préparer, et qu’on verra à la rentrée.
Fin juillet 2009 : réception du courrier tant attendu :Pour l’année scolaire 2009-2010, je suis mise à disposition (désormais MAD) de la circonscription de mon quartier. J’explose de joie. Enfin, je peux me projeter. Je ne sais pas ce que signifie MAD, je n’ai aucune info sur la classe que je vais avoir, mais je sais que je vais rester sur Toulouse et être dans mon quartier, de plus ! Quelle chance !
Bel été, doux et apaisé. Ayant davantage d’ambition que les années précédentes, je prépare la rentrée avec des envies de pédagogies alternatives….
Fin août 2009. Vacances terminées, rentrée dans deux jours. La veille, je ne dors que très peu, ayant hâte de voir dans quelle école de mon quartier je vais être affectée.
Après une heure et demie d’attente dans les bureaux administratifs, à me demander à quelle sauce je vais être mangée, on m’envoie en tant qu ‘ »Aide à la rentrée » dans une école. Normalement, ça devait durer environ 3 semaines.
La nouvelle directrice de l’école m’a accueillie comme son ange gardien, il y avait une tonne de boulot à faire.
Trier par date les Bulletins Officiels, classer le courrier, trier et jeter les archives, faire les tableaux concernant les études surveillées, l’aide personnalisée, le planning EPS, la surveillance des récrés.
Lire les documents et faire des compte rendus sur la grippe H1 N1, taper les comptes-rendus des réunions, lire les mails et les transférer aux collègues, relier le projet d’école, photocopies, entrer sur Base élève une à une les coordonnées des parents d’élèves, valider les effectifs. Mettre en place les équipes éducatives.
Et je m’arrêterai là, car la liste pourrait être longue.
Ce que je sais, c’est que j’ai beaucoup appris. Sur le fonctionnement d’une école. Sur les dessous cachés dus système dans lequel je travaille.
J’ai pu voir également la quantité de travail, inimaginable, que l’on donne à un directeur d’école, qui a au mieux un jour de décharge par semaine (pour ceux qui n’ont pas la chance d’avoir une secrétaire précaire), avec une classe à prendre en charge.
Le temps a passé. Les trois semaines de délai aussi. J’ai arrêté de guetter chaque jour le coup de fil m’annonçant mon affectation.
Chaque fois que j’appelais les services en charge des affectations, on me donnait vaguement une indication sur ma position sur liste d’attente, qui n’évoluait que trop lentement. Et on me répétait chaque fois que de toutes façons, les affectations se faisaient en fonction du barème. Et moi, étant parmi les plus jeunes, sans enfant, sans ancienneté etc., je n’avais que mon mal à prendre en patience.
Chamboulements, on m’a appelée à deux reprises pour faire des remplacements (ah, tiens, je suis une remplaçante en fait ?), du jour au lendemain il faut réagir, s’adapter, laisser en plan les choses prévues dans l’école de rattachement. Et puis finalement, on me rappelle : ah bah non, en fait il y avait déjà un remplaçant de prévu.
Vous avez deux messages . « Bonjour Madame LAMBERT , c’est la circonscription HG 21, c’est au sujet de votre AFFECTATION. »
Je n’ai pas dormi de la nuit, le jour était ENFIN arrivé. Le lendemain matin, dès l’ouverture du secrétariat, j’ai appelé pour connaître mon affectation qui n’était en fait qu’un remplacement en dehors du Toulouse. Le fait de ne pas avoir de voiture m’a « sauvée » .Cette idiote de secrétaire utilise le mot affectation comme on met du sel dans l’eau de cuisson des pâtes, ne sachant même quel est son réel sens, ne sachant pas que lorsqu’on parle d’une affectation à une MAD ça peut légèrement porter à confusion.
Il y a eu cette réunion avec les syndicats où j’ai tout simplement ouvert les yeux sur ma situation qui n’était due qu’à une politique de restriction budgétaire, de suppressions de postes (notamment les RASED l’an dernier, postes pour aider les enfants en difficulté), sans parler des classes qui sont fermées parce-qu’il il y a juste 25 élèves par classe et pas 28 (Je dis ça au pif, ça dépend des seuils, mais en caricaturant à peine, c’est ça), et donc les collègues qui se retrouvent avec des classes surchargées à 27, 28, 29 et certainement plus, avec des doubles niveaux.
Et à côté de ça, il y a des enseignants que l’on paie sans leur donner d’utilité réelle, de projets, et même d’élèves. On se sert d’eux, on les utilise quand il n’y a plus assez de remplaçants, car une MAD ne coûte pas autant qu’un remplaçant, une MAD ne gagne pas d’indemnités sur ses déplacements, c’est tout bénef. Par contre quand on n’ a pas besoin d’eux, on les oublie dans une école où ils sont rattachés, sans leur dire quoi que ce soit de ce qu’ils ont à faire.
En bref, une MAD n’ a pas de statut, c’est un bouche trou, une bonne à tout faire. J’exagère à peine.
En colère après cette réunion syndicale j’ai décidé de faire moins de travail de direction. Par un élan de militantisme. Car faire la tonne de boulot qui est demandée de partout, c’est faire croire à tous (mairie, inspection….) que oui, on est capable, on a le temps de gérer tout ça. Or ma directrice vient bosser à l’école tous les We, tous les jours pendant les vacances, elle a un jour de décharge et moi qui l’aide quasiment à temps complet.
J’ai décidé, par militantisme aussi, de proposer une aide aux enseignants de mon école de rattachement, ce qui permet de faire des demi-groupes classe, de travailler mieux avec moins d’élèves, d’aborder des disciplines un peu laissées de côté quand le temps manque pour aller au bout des programmes (par exemple : l’informatique)
Je trouvais cette mise en place intelligente, ça rendait service à tout le monde. Et moi j’avais presque l’impression de faire mon métier.
Mais seulement voilà, tout ce qu’on essayait de mettre en place sur du moyen terme tombait à l’eau car on a commencé à m’appeler pour faire des remplacements.
Il y a eu cette maternelle qui a demandé de l’aide car 17 enfants de 2 ans et demie débarquaient dans l’école, ce qui a entraîné un chamboulement au niveau de la répartition des élèves dans les classes. Et ce qui a valu une deuxième rentrée, deux mois après septembre : des enfants, déchirés de leur cocon maternel, qui pleurent, qui ne veulent pas aller à l’école, qui se pissent dessus… (Au passage, ne scolarisez jamais vos enfants à deux ans et demi ! )
Je suis arrivée, et c’était l’après-midi. On n’avait plus besoin de moi. Les tout petits étaient chez eux, n’allaient à l’école que le matin. Et l’après-midi, avec les petits, c’est sieste, jeux, histoire à raconter, goûter, récré, et tout cela en effectif réduit : 10 élèves. Que faisais-je là, inutile et croyant être en stage d’observation ? Alors que dans mon école de rattachement, j’avais laissé en plan les collègues et du travail à faire ?
Essayant d’expliquer ma situation au directeur, celui-ci a pris la mouche, me disant avec tant de délicatesse que oui, je n’étais qu’un pion, et que lui aussi il l’avait été. En bref, comme il avait galéré lui aussi étant jeune, moi aussi je devais y passer.
Le soir, en larmes, j’essaie d’expliquer à la secrétaire de ma circo (celle qui m’envoie faire des remplacements) que dans mon école de rattachement je suis utile et que j’essaie de mettre en place des choses et que ce serait bien qu’on arrête de me ballotter à droite et à gauche. Et elle qui me répond, qu’elle est en droit de m’utiliser, que je suis à la disposition de la circonscription et que si je ne suis pas contente, je m’adresse à mon employeur.
Merci bien.
Crise de larme, un conseiller pédagogique passe par là.
Il prend mon cas en considération, me comprend. Envisage de me pérenniser sur mon école de rattachement. Mais il n’y a pas de budget pour ouvrir un poste. (pourtant je s déjà payée, il y a des choses qui m’échappent…)
Plus tard il m’appelle en me proposant des postes. Tiens, on pleure et comme par magie on s’occupe de vous ! Ne rêvez pas, attendez la suite.
Puisque j’ai envie de m’investir vraiment, de construire des choses dans la durée, il me propose des postes à profil : dans des établissement spécialisés (ITEP…), avec ados de 11 à 16ans, avec troubles de comportements, psychotiques, névrotiques, refus de l’école et agressivité envers l’adulte. En bref, fallait que je me prépare à me faire insulter à longueur de journée. J’aurais la possibilité de choisir, de prendre le temps de réfléchir, de téléphoner aux différents établissements pour savoir à quoi m’attendre, et surtout personne ne déposerait ma candidature à ma place.
Ok. Ce sera dur, mais je prends, je veux bien essayer, je préfère avoir un rôle bien défini sur l’année, avec de l’enjeu. J’ai l’envie d’y croire, ce serait une expérience enrichissante.
Trois jours plus tard, il me rappelle, et finalement je n’ai plus le choix de l’établissement et ma candidature a déjà été appuyée par l’inspecteur auprès de l’inspection académique. Chouette. Pas eu le temps d’appeler l’établissement en question, de réfléchir. Plus tard j’ai appris que le poste qu’on va sûrement m’attribuer a déjà été essayé par deux enseignants en deux mois et qu’on les réaffecte car ils n’en peuvent plus.
Depuis une semaine j’attends donc mon affectation officielle pour cet ITEP, sur le papier. Elle n’arrive pas. Par contre, on m’envoie pour trois semaines en ZEP.
Cette semaine, ma directrice m’avait réservée auprès de la circo, pour éviter qu’on m’envoie ailleurs car elle est débordée et que personne n’entend sa demande de secrétaire. Mais quand les enseignantes de la maternelle d’à côté m’ont vue, elles m’ont dit « Ah t’es là », sont allées déranger la directrice dans sa classe, lui disant que la MAD était à la disposition de toutes les écoles de la circo, que elles aussi elles en avait besoin. Et moi j’étais là, dans le bureau porte ouverte, au bout du couloir, à entendre des gens parler de moi et sur moi, comme un objet qu’on se dispute.
Le midi même, la circo me rappelle pour me dire que pour deux jours, je suis affectée dans l’école maternelle en question. Encore une fois, il fallait que je laisse tout le monde en plan, le travail prévu, les séances préparées dans le vide.
J’arrête là. 5 pages c’est déjà long. J’ai passé sous silence plein de détails et autres mauvais coups de dernière minute, la mauvaise ambiance entre collègues etc.
En attente d’une affectation depuis bientôt 7 mois si on compte depuis le début, je suis une MAD qui n’a aucun statut, aucun rôle clair et défini. Quand on parle de moi, on dit les mots « utiliser », « à disposition de », « réserver »….
Voilà le beau système, la belle éducation nationale pour laquelle je travaille.
J’ai essayé d’aider au début. J’ai esquivé certains remplacements dans le département prétextant que je n’avais pas de voiture, fais signer une pétition, j’ai essayer de travailler au max. auprès des élèves, pour faire réellement mon métier et aider les collègues. J’ai bricolé avec la directrice, qui m’a réservée dans l’école pour éviter qu’on m’appelle ailleurs . J’ai fait de la résistance interne. Mais le système m’a rattrapée. Alors j’ai fait parler de moi, essayé de sollicité la compréhension des secrétaires, de l’inspecteur, du conseiller pédagogique : à la circo, je crois qu’on sait qui je suis.
Mais chaque fois le système me rattrapais, me renvoyais à ma situation inacceptable de MAD. Un système qui apparemment oublie que derrière une MAD il y a un être humain qui aimerait exercer le métier pour lequel il a passé un concours, entre autre.
J’ai aussi pensé me mettre en grève, demander une disponibilité. Mais les MAD sont dispersées et pour la disponibilité c’est trop tard.
Alors je joue moi aussi avec le système , voilà pourquoi je suis en arrêt pour une semaine, semaine pendant laquelle je vais sérieusement penser à mes autres vies.
Et qu’ils aillent tous se faire foutre! ( les secrétaires, les collègues jalouses de ne pas avoir de MAD, le ministère de l’éducation nationale qui restreint les budgets, les inspecteurs qui ne se mouillent pas auprès de l’inspecteur académique pour soulever ce problème…..)