Convivialité, machine à laver.

La petite cour, un peu à l’espagnole, dans laquelle je vis m’inspire beaucoup de choses depuis mon emménagement…

Ça a commencé par un premier repas partagé entre voisins, puis par un petit affichage proposant des autocollants STOP PUB à mettre sur les boîtes aux lettres, puis par une second repas, plus arrosé, qui a même eu des airs accordéonnés de guinguette…

Et puis il y a Ginette (c’est pas son vrai prénom mais ça lui va assez bien!); qui oui, passe son temps à passer le balai dans la cour, à gueuler aussi fort et aussi et aigu que son chien …. Mais les voisins pourront  penser ce qu’ils veulent, ben Ginette, c’est grâce à elle que la cour est propre, c’est grâce à elle,et aussi à sa voisine Momo, qu’il y a de la vie dans cette cour, qu’on se cause un peu, et que je ne m’y sens jamais seule.

Ginette elle m’a arrosé mes plantes tout l’été, elle m’a prêté son vélo pour que j’aille au boulot un jour où le mien était à réparer.Elle m’a prêté son presse-agrume un jour de grosse fièvre où j’avais demandé à mon prince charmant du jus d’oranges pressées.

Momo, un jour de générosité débordante, s’est levée et a senti une énergie surnaturelle (Momo est un peu perchée mais je l’aime bien quand même)lui disant de cuisiner et d’offrir des parts de tarte aux voisins.

Et puis il y a cette si gentille femme, qui a le sourire de manière constante, ainsi qu’une douceur si apaisante. Elle son créneau, c’est le bio, elle tient l’épicerie du quartier, mais organise aussi des vide-greniers, des expos de peinture, et mobilise les assos de quartier pour décorer la place pour Noël.

Et puis il y a notre retraitée militante écolo, qui refuse les automates car elles représentent une personne en moins ayant du travail, qui rend les emballages des produits à la caisse, et qui a une vie débordée. D’ailleurs un jour j’oserai aller un boire un thé chez elle, puisqu’elle m’ a invitée plusieurs fois….

Bon y ‘a aussi ce jeune qui ne dit jamais bonjour et tous ces gens qui ferment leurs volets trop tôt, la voisine qui se promène en petite culotte alors qu’on voit tout chez elle, qui passe son temps devant la télé, le portable accroché à l’oreille droite…

Quelle belle cour.

Voilà, elle m’inspire.

Il y a ce peu d’espace et de rangements dans mon appartement, il y a cette odeur de cave quand j’y entre après une journée de travail, il y a cette lumière du soleil absente et ce transformateur haute tension (THT), si proche, trop proche.

Mais il y a tout le reste, et des idées d’atelier de décoration de la cour pour Noël, cette réunion d’information (et peut-être d’action ?) que j’ai envie de préparer et de proposer au sujet de ce THT qui selon moi n’a rien à faire là et est dangereux pour notre santé.

Et il  a ce que j’ai osé faire hier: frapper chez Ginette et lui demander si je pouvais utiliser sa machine à laver une fois tous les dix jours environ….

Moyennant finance, évidemment (le prix du lavomatique arrondi à la hausse).

J’en avais marre de laver mon linge à l’eau froide pendant une demie-heure seulement et de voir mon linge ressortir encore plus tâché qu’à l’entrée.

Et puis je me disais que c’était encore une autre occasion de créer du lien entre les gens, de se parler, de se rendre service , de partager et de mettre en commun des choses (même si ce n’est pas exactement ça..)

J’étais tout fière d’avoir osé, mais un certain Guillou a halluciné et m’a dit que j’exagérais, et même que j’abusais.

Du coup, j’en ai parlé ouvertement à Ginette qui m’a rassurée sur tous les points à ce sujet.Mais vous, qu’en pensez-vous? Suis-je dans une utopie complètement décalée ?

Bon, par contre, j’aimerai bien que des fois il y ait quelqu’un qui toque à ma porte pour me demander du sel, un tire bouchon, une chaise, ou un air d’accordéon…

Merveilles

Il y a ces matins où, fonçant vers mon train à vélo, je file sur le pont neuf et je m’autorise à ne plus pédaler, à me laisser aller, et à apercevoir au  loin les Pyrénées. Elles apparaissent de temps à autre, le matin, toujours, et sont comme une illusion, un mirage. Comme une promesse, comme un appel. Et le soir, à nouveau, cachées.

Il y a ces moments où j’ai pu retrouver le bien-être profond d’être près d’elle. Le son de sa voix qui chante, si beau, si fragile. Les odeurs des fruits, de l’air, d’un lieu plein de vie. Des meubles qui m’étaient familiers, les siens, les miens, les leurs, les notres .

Il y a cette fantaisie, ce bric à brac, ces dons, ces petits détails sur une enveloppe, sur un cadre, ces nombreux livres qui appellent à la curiosité, ces petits mots sur une ardoise.

Il y a ces gestes si beaux, si bons . Un cadeau surprise caché, un lit tout près à recevoir le sommeil, des volets soigneusement fermés, un thé à la menthe en guise de petit déjeuner à la Ricorée.

Il y a ces choses simples, manger ce qui est bon, faire la sieste dans ce jardin un peu magique, parler, se confier, se mettre à jour sur nos vies, sentir une complicité naître avec une autre.

Il y a marcher , se faire piquer par les ronces et manquer de déchirer ma robe, et arriver là où la solitude m’appelle et me fait si peur. Havre de paix, cheminée, carreaux cassés, table de pierre, oliviers, amandiers, collines ocres, vent, cigales.

Tu respirais le bien-être, l’épanouissement, la simplicité intérieure, je n’ai senti aucune encombre.

Il y a ce maquillage que je ne porte plus, ce parfum que j’oublie, ces bijoux que je porte à l’unité, ces cheveux que je laisse détachés, ces sourcils que je ne torture plus, ces vêtements amples que je porte, le sol sous mes pieds nus.

Il y a ces boutures, ces petites natures que j’observe chaque matin, chaque soir. Je guette la moindre feuille nouvelle, j’arrose consciencieusement chaque jour. Chacune m’évoque une personne, un lieu. Et je les protège au mieux pour qu’elles puissent vivre longtemps, et me donner un plaisir encore plus grand lorsqu’elles seront épanouies.

Il y a ces regards échangés avec Marie. Nos accordéons s’accordaient, flûte traversière, haut-bois et darbouka. Face à face, entourées d’étoiles qui dansaient, nos yeux se disaient notre fierté. Elle de me voir ici, moi de la voir là. Et plus loin sur la place, ces jongleurs de feu qui donnaient encore plus de force à ce lieu, à ce moment anachronique, décalé du réel, comme dans une bulle de féerie.

Et puis il y a tout le reste, ce que j’ai déjà oublié, ce que j’aurais du écrire sur le moment, même s’il était tard.

On dirait que c’est passé, il suffit parfois de peu de choses, quelques conversations, s’immerger dans l’eau de mer, croiser une vieille dame d’une beauté troublante puis tourner la tête et voir un nourrisson tout aussi parfait.

Ma vie est une merveille, je me le dis très souvent, en ce moment.

Fêter la musique…

J’aurais pu suivre, ou plutôt bousculer inévitablement tous ces gens.

J’aurais pu écouter cette musique amplifiée à chaque coin de bar ou de restaurant.

J’aurais pu ne jamais m’en satisfaire et zapper le son tous les cent mètres.

Mais j’ai fait marche arrière.

A défaut d’avoir le courage de chercher les gens, certainement cachés ou trop peu nombreux, qui partageraient la musique au coin d’une rue ou sur un petite place, en la dansant, en la jouant, en toute intimité, dans l’échange et la simplicité, je suis rentrée chez moi.

Et je l’ai fait en chantant à pleine voix, la faisant résonner entre les fenêtres de mon immeuble, criant à ceux qui se trouvaient encore chez eux de voir le monde comme une piste aux étoiles.

Les escaliers m’ont renvoyé l’écho et sur le balcon, accordéon, jupe dansant avec le vent et bougies jouant au feu avec son souffle, pieds nus, à l’inconnue, j’ai offert quelques modestes notes de musique. A moi-même, aux voisins, à la rue .

Une étoile m’a remerciée en faisant filer sa queue dans le ciel.

Ou plutôt, c’est moi qui ait dit merci. Merci à tes clins d’œil, la vie. Amélie, c’était toi ?

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