Eté 2009.
Me voici pour quelques jours de transition de retour à Paris, dans ce petit appartement au 6ème et dernier étage, vue sur les toits gris de Paris.
J’ai tout d’abord repris mes petites habitudes, me raccrochant à mes repères, comme si j’étais, comme il y a 6 mois, encore chez moi.
Mais après 3 jours à peine, je me demande comment j’ai fait pour être « parisienne » pendant 7 mois.
C’est l’occasion pour moi de faire un petit bilan de ce mi-temps annualisé, de cette vie à Paris.
Je me revois prenant le train de TOULOUSE, avec mes nombreuses affaires, tenant dans plusieurs sacs, un devant, un dans le dos, un ou deux dans chaque main.
L’épreuve d’aller de la gare Montparnasse jusqu’à la station de métro, puis de marcher jusqu’à l’appart et de monter les 6 étages n’en était que plus difficile.
Mais quel bonheur c’était et ça a été de vivre auprès de mon amour. Quel confort de le savoir si près, de le savoir rentrer le soir, de l’attendre.
Il y a eu ces deux fois où il partait pour 3 semaines ou un mois en Guyane, mais ce fut l’occasion pour moi de réapprendre à vivre seule, de partir en train de nuit rejoindre mon amie en Italie et d’en garder un souvenir inoubliable, d’aller voir leur nouvelle vie à Montpellier, de passer de bons moments à Amiens, et aussi d’êtreamille, dans la maison parentale, et de me sentir si proche d’eux, à seulement deux heures de train.
Paris, c’est si proche de tout. De l’Italie, de Nantes, du Nord Pas de Calais, de Montpellier. Et Toulouse si loin de tout.
Mon premier cadeau, le cadeau d’accueil, un des plus beaux qu’il ait pu me faire, c’est de m’offrir, dès mon arrivée, mon jeu de clé à moi. Ça voulait dire, tu es maintenant ici chez toi. Il avait fait de la place, rapatrié quelques affaires chez son père à Tours, j’avais mon étagère dans l’armoire. Et le droit d’ajouter dans le placard de la cuisine mes épices, mon thé, mes tisanes et ma tablette de chocolat.
J’avais 7 mois de liberté devant moi, j’étais tout simplement légère et heureuse.
Pleine d’entrain et d’ambition, je voulais m’investir dans le collectif décroissant de Paris, jardiner dans les jardins collectifs de Paris et y apporter mon compost, donner des cours de français à des étrangers à la croix rouge, bouffer de la culture parisienne à en devenir boulimique, je voulais écrire une histoire pour enfants, lire, refaire de la danse, prendre des cours d’accordéon, aller jouer de la musique au pied de la butte Montmartre ou au pied de Notre Dame, me faire des amis, faire de la poterie, et avoir une vie trépidante.
Consciencieusement, je faisais des recherches sur Internet, passais des coups de fil, prenait des notes dans mon petit carnet intitulé « Paris, qui es-tu ? »
Je n’ai rien fait de tout ça ou presque, ou bien je l’ai fait différemment, avec des choses inattendues.
Par exemple, j’ai pris des cours de Kung-fu, à l’origine pour avoir une activité commune avec mon Guillou qui finalement n’est allé quasiment à aucun cours et quand on y allait ensemble on ne pouvait pas s’empêcher de se chamailler car l’un ne faisait pas comme il fallait !
J’ai réussi aussi à entraîner Guillou à « La Rôtisserie », un restaurant associatif. Ce soir là, on a mangé bio et végétarien, et on était entouré de faucheurs et de déboulonneurs.
Le lendemain, j’étais au palais de justice, dans une jolie salle, en train d’assister à un procès des déboulonneurs, ces militants anti-pub.
Je me suis aussi retrouvée à faire de la danse primitive, censée, d’après l’idée que je m’en faisais, me permettre de m’exprimer en toute liberté à travers le corps, le rythme, la voix, en improvisation.
J’imaginais quelque chose d’un peu décalé, sauvage et j’appréhendais un peu. Je me suis finalement retrouvée à devoir effectuer des gestes très simples minimes, répétitifs, sur une musique rythmée, répétitive. Et l’apport de la voix était rythmé, répétitif et peu recherché. Parfois, l’envie de faire d’autres gestes, d’autres sons, de dédoubler le rythme me prenait. Mais il ne fallait pas sortir du cadre. Je n’ai sûrement rien compris, il fallait sûrement accepter ces contraintes pour entrer en transe , mais moi ce n’est pas ce que je cherchais, alors je suis partie après 2 ou 3 cours.
Il y a eu aussi cette soirée dans un cabaret transformiste. Invités par un ami qui y travaillait, Guillou et moi avons été reçus comme des rois, surnommés de « choupettes » et autres petits mots mignons, flatteurs, par des hommes maquillés et habillés en femmes.
Une ambiance nouvelle, un autre monde, inattendu. On a super bien mangé, et le spectacle était sensationnel, de jolies chansons et des danses surprenantes, entraînantes, tout ceci effectué avec talent par des hommes transformistes. Là, je me sentais vraiment à Paris.
Ma vie à Paris, ça a été aussi mes 12 cours de poterie où, pendant une trentaine d’heures, j’ai répété les mêmes gestes sur le tour, essayant de centrer ma boule d’argile. J’aurais aimé repartir avec un bol, un ensemble de tasses de thé, mais l’apprentissage fut plus long et fastidieux que je l’avais imaginé. Et ce n’est que lors de mon dernier cours que j’ai réussi à centrer quasiment toutes mes pièces !
Aller à mon cours de poterie, c’était passer tout près du canal St Martin, devant la meilleure boulangerie de Paris, c’était aller mettre les mains dans la terre, lâcher prise et écouter ce que l’argile me disait. Trop de pression, de tension ici ou là, pas assez à droite. C’était voir mes pièces tomber, se ramollir et devoir recommencer, c’était me faire entraîner par le tour, la boule d’argile et ne pas réussir à la contrôler. C’était passer deux heures les mains dans la terre, l’esprit créatif, dans un atelier bordélique, plein d’oeuvres d’art, de terre, de livres, de fauteuils en cuir, avec en fond la musique de Yasmin Lévy et un thé à déguster.
Je n’ai pas écrit d’histoire pour enfants, mais j’allais souvent à la bibliothèque de mon quartier et je lisais plein d’albums de littérature de jeunesse, pour m’inspirer, m’évader, rêver, voyager… ça viendra.
Je n’ai pas pris de cours d’accordéon, je n’ai pas trouvé de prof ! Le comble à Paris.
Mais j’en ai fait tous les jours ou presque, je me suis établi mon propre programme de travail. Mon point de repère le plus important dans ma vie parisienne, c’était l’accordéon. C’est aussi l’accordéon qui fut mon point de transition entre Paris et Toulouse, avec BAGADIDJ. Ils m’attendaient et je voulais avoir progressé.
J’ai cherché les décroissants parisiens, en ai trouvé quelques-uns, trop intellectuels et extrémistes pour moi. Je ne comprenais rien à ce qu’ils me disaient !
Les jardins collectifs étaient trop loin, trop surbookés par les écoles et les associations.
L’un était en projet près de chez moi, je sautais sur l’occasion, prête à désherber et à mettre les mains dans la terre en plein cœur du 10ème arrondissement, en plein boulevard Magenta, plein de voitures.Mais la réponse par mail de l’organisatrice me découragea aussitôt : 2 ou 3 ans de procédures administratives et de paperasse avant de pouvoir commencer concrètement le jardin. Pas pour moi.
Les procédures administratives prirent du temps aussi à la Croix rouge et je ne pus donner mon temps pour les cours de français que quelques semaines. Il y avait beaucoup d’afghans, sans papiers pour la plupart j’imagine. Ca me faisait du bien d’enseigner, je me sentais utile, une heure par semaine, et dans mon élément. Deux frères ukrainiens étaient sympathiques, ils me draguaient un peu, je pense, mais je me suis rappelée quand j’étais en Irlande, perdue, sans connaître grand monde et ne parlant qu’avec des français. Et je crois leur avoir fait plaisir en leur proposant d’aller au fameux musée du Louvre le vendredi soir à l’heure où l’entrée est gratuite. La classe d’aller au Louvre, avec sa prof de français !
En parlant de culture, il y a eu le concert de « Thérèse » dans une petite salle près du canal St Martin, en toute intimité, il y a eu ces quelques pièces de théâtre, dans des tout petits théâtres de poches et de quartier, le spectacle « Imagine-toi » de Julien Cottereau, ce clown mime muet bruiteur très poétique. Il y a eu cette superbe exposition sur Jacques Prévert à l’hôtel de ville, une autre sur le chamanisme place de la Madeleine, la visite des catacombes, le musée du Quai d’Orsay, cette nostalgie de l’Irlande lors d’un bœuf dans le sous-sol d’un pub.
Il y a eu ces jeux de pistes dans différents quartiers de Paris : le Marais, Belleville, quartier latin… Indices, énigmes, observations, culture, maux de pieds, tours en rond ou sur soi-même, détours et fausses pistes. On finissait souvent par abandonner mais c’était une manière très drôle et pas trop intellectuelle de découvrir Paris et d’ouvrir les yeux en grand pour trouver le moindre indice.
Ces moments, les meilleurs, je les a partagés avec Guillou mais aussi avec mes amis étant venus me rendre visite : Nahi, Céline, Simon, Loïc…
J’y repense, ma petite sœur était à Paris aussi à cette époque. Lorsqu’elle arrivait essoufflée d’avoir grimpé les 6 étages et que je lui offrais un chocolat chaud maison, comme pour la récompenser, c’était un pur bonheur. Tout comme de la savoir si proche, à quelques minutes de métro et de transilien. Nous ne sommes pas vues tant que ça, hélas.
Souvent, je cherchais à retrouver ce Paris dont Jacques Prévert, Robert Doisneau, Edith Piaf et compagnie parlaient si bien. Belleville, Montmartre, les puces de St Ouen, ou encore les quais de la Seine, Notre Dame, le canal St Martin. Mais si peu de fois, Amélie Poulain est venue me faire un clin d’œil…
C’est avec un peu de grisaille dans le cœur que je fais ce bilan.
Je ne me suis pas épanouie à Paris, je crois que malgré toutes ces belles choses que j’ai pu vivre de manière décousue, il n’y avait rien de profond.
Paris fut trop grande, trop grise, trop bruyante. Ses klaxons, ses voitures, ses taxis fous, son métro bondé, ses gens pressés, cette odeur étouffante sont les souvenirs qui resteront les plus prégnants. Paris la belle n’est qu’une image, un souvenir. Ce n’est plus de ce temps.
Je manquais de repères, d’un réseau de connaissances.
Les repères, je les ai cherchés, et si peu trouvés que lorsqu’une Biocoop a ouvert dans ma rue à deux pas de chez moi j’étais comme folle.
Il y avait pourtant beaucoup de gens que je connaissais à Paris. Une sœur et son ami, deux cousins, une cousine, un ami d’enfance, les amis de Guillou, 2 ou 3 amis de mes parents, et quelques connaissances.
Mais j’ai toujours eu l’impression d’être trop loin, de tous, de tout.
Tant de monde à rencontrer que je n’ai lié aucune relation avec personne. Inconnue, anonyme. Perdue.
Tant de choses à faire, à voir, tant d’opportunités et si peu d’informations qui se présentaient à moi.
Tant de curiosités et si peu de courage de faire 30 minutes de métro, voire plus, avec les changements et la marche à pied pour y accéder.
Si proche de tout et pourtant si loin dans mon esprit.
De passage, j’ai peut-être aussi manqué de temps pour aller au bout des choses.
La vie que j’ai eu à Paris n’était pas à la hauteur de mes utopies mais c’est sans regret. J’ai vécu ce que j’avais à vivre et c’était bien comme c’était.
C’est simplement difficile de constater que malgré tous les efforts et toute la bonne volonté que j’ai pu mettre dans l’aboutissement et l’épanouissement de ma vie à Paris, il me faut me rendre à l’évidence : la sauce n’a pas pris.
J’avais besoin d’écrire cette évidence. D’ouvrir les yeux sur cette réalité. Car il y a quatre jours encore, j’étais heureuse de revenir quelques jours à Paris, pour retrouver ce que j’y avais laissé, il y a 6 mois. Je disais même que Paris m’avait manquée.
Mais tout cela n’était qu’un leurre, une construction imaginaire, composée des bons souvenirs que j’y avais laissés et de ce que je n’avais pas pu vivre, de ce qui restait – et restera- inachevé.
Ce que j’ai le plus aimé, durant ces 6 mois, c’est ma liberté. La liberté d’être près de celui que j’aime, de m’endormir dans ces bras. La liberté de dormir autant que j’en avais besoin, de faire la sieste quand ça me prenait, de faire ce que j’avais envie de faire et quand j’avais envie de faire. La liberté de faire mille projets et d’avoir le temps devant moi. La liberté de mes utopies.
Mais ce n’est pas à Paris que je veux éprouver cette liberté.
J’aimerais ne plus avoir à y venir. J’aimerais le voir faire ses cartons, et quitter cet endroit qui tombe en ruine et qui moisit, avec vue sur grisaille et Grand Rex, klaxons et moteurs en fond sonore permanent.
Paris, c’est fini.
zelda a dit,
17 juillet 2009 à 3:47
J’aime la façon dont tu enfiles les souvenirs, la façon dont tu laisses émerger les belles choses, même si le bilan est mitigé. je te piquerai peut-être l’idée, Montpellier, c’est fini aussi … enfin, d’ici une heure, car j’attends le proprio pour l’état des lieux (challenge : il n’a pas rendu une caution depuis 1972)
axel a dit,
6 août 2009 à 3:34
Jolie surprise que ce blog, et j’y retrouve une impression toute fraîche sur ce Paris réel qui rappelle bien plus tard que celui de l’imaginaire n’était pas celui vécu non plus…
grüner tee a dit,
10 septembre 2009 à 10:41
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